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![]() Le feu Edito |
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Feu purificateur, feu destructeur. Feu qui consume, feu qui réchauffe. Feu de la colère, feu qui apaise. « Tous les feux, le feu » aurait dit Cortazar. Thème riche s'il en est, auquel l'équipe d'En-Quêtes a entrepris de s'attaquer pour ce sixième numéro, par des approches toujours aussi diverses. C'est une évocation à la fois poétique, historique et scientifique de la « découverte du feu » que propose Gregory Hosteins avec De l'incendie au foyer. Ou comment, des terribles incendies de brousse aux foyers domestiqués, symboles de la communauté, le feu a achevé de séparer l'homme de l'animal. Au terme de ce très beau texte, on en vient même à se demander si, finalement, ce n'est pas le feu qui a découvert l'homme. De la Dulle Griet, de Bruegel, aux Histoires de l'humanité primitive de Piero di Cosimo, peintre injustement méconnu du Quatroccento, François Jeannet explore dans Vision d'un double foyer quelques représentations du feu dans la peinture. Où l'on voit notamment que femme au foyer n'est décidément pas une position de tout repos... Daniel Poza-Lazaro démontre, dans Du feu de Dieu, grandeur et misère de Jérôme Savonarole, qu'il ne faut pas jouer avec le feu si on ne veut pas se brûler. Savonarole, prieur de l'église San Marco dans la Florence du XVe siècle, l'apprendra à ses dépends, pour avoir voulu purifier la ville par la flamme. Dans le style particulier qui avait déjà fait le succès de son récit El desastre de la invencible armada, Daniel Poza-Lazaro nous plonge dans l'atmosphère trouble de la capitale toscane placée sous l'emprise de Jérôme Savonarole : débauches, conspirations, affrontements parfois violents, processions et bûchers marquent cette époque. Savonarole, à la tête de ses brigades d'enfants, les Fanciulli del frate, prône un renouvellement complet de l'Eglise, par le feu si nécessaire. Prophète ou manipulateur ? Un peu des deux, sûrement. Mais, à l'image d'Icare qui se brûla les ailes pour s'être trop approché du soleil, Savonarole, à vouloir peut-être trop s'approcher de Dieu, se brûlera également. Pour se rafraîchir les idées après tant de flammes, foyers et autres bûchers, Gregory Hosteins nous propose une autre analyse de tableau : Magdalena Bay, perdue au nord du Spitzberg, est le théâtre d'une aurore boréale. Que raconte ce tableau ? Comment est-il construit ? C'est à une véritable dissection et à une intéressante réflexion que Gregory nous invite ici. Federico Jacuzzi, par l'intermédiaire de Florent Jobard, nous convie finalement à un dialogue socratique en compagnie de Guillaume de Baskerville et Adso de Melk. Un numero segreto nous fait ainsi découvrir, pauvres ignorants que nous sommes, qu'il existe des monstres bien cachés, que nous cotoyons tous les jours sans le savoir et qui sont bien plus terrifiants que tout ce que l'on peut imaginer : c'est le monde qu'ils peuvent faire trembler sur ses bases, rien de moins. Nessie peut retourner barboter dans sa baignoire, King-Kong peut descendre de son gratte-ciel et Godzilla revenir au Jurassique, aucun n'arrive à la cheville de l'Abominable dont les pouvoirs nous sont ici révélés. Les feux de l'enfer eux-mêmes sont broutilles en comparaison des calamités que ce Titan est capable de répandre sur la Terre ; bref, les sept plaies d'Egypte peuvent aller se rhabiller, préparez-vous à frémir d'horreur... et de plaisir à la lecture de ces pages. Bonnes lectures et bonnes vacances à tous. Et profitez bien du soleil pendant l'été car, pour la fin de l'année, la rédaction d'En-Quêtes vous prépare, ici, un numéro consacré à l'ombre... |